mercredi 13 juin 2012
2012/06/13
22h48. Mercredi.
Il a fait un peu frais mais c'était agréable au soleil. Sur le continent, la pluie est tombée sur tout le territoire.
Aujourd'hui, je suis allé assister au débat public organisé par Corse-Matin et RCFM entre les deux candidats du second tour: Simon RENUCCI et Laurent MARCANGELI.
Rien de sensationnel, des petites attaques et des répliques qui n'apportent pas l'éclairage souhaité.
La salle est à moitié pleine, de plus les partisans de chaque camp représente la plus grande partie du public.
Ce matin , j'ai assisté au spectacle des tout-petits dans la salle Giordano BRUNO. Un vrai travail pour ces comédiens en herbe.
L'après midi, les ados ont pris la relève et démontré qu'ils avaient de grandes qualités pour jouer sur scène.
Livia peut être fière de son travail depuis le mois d'octobre. Les femmes sont très courageuses et capables de grandes choses. Plus ça va plus elles occupent l'espace dans la société. Même le nouveau Président de la République donne le LA:
Le premier gouvernement Ayrault a de la gueule. Une belle vitrine de 17 femmes sur 34 ministres, qui lui fait dépasser le stade de la parité. Oui, mais...
Sur les bancs de l’Assemblée, les chiffres font rosir (de honte) : sur 577 sièges, on ne compte actuellement que 109 femmes, soit 19% des parlementaires. Ce qui vaut à la France de s’échouer en 69e position mondiale – derrière le Bangladesh ou le Tadjikistan – en matière de présence des femmes au Parlement. On en escompte 30% pour la prochaine législature, et ce progrès ne sera pas à mettre à l’actif de l’UMP...
De la maison à la présidence
Faisons l’impasse sur les disparités de revenus [PDF] entre hommes et femmes, sur la quasi-absence de ces dernières aux plus hauts niveaux de l’économie ou de la fonction publique.
Et retombons à la maison, car c’est là que tout commence : les mâles français n’investissent pas plus de 27 minutes par jour aux tâches domestiques et à leurs enfants. Soit 3,8 fois moins de temps que les mères – le décalage le plus poussé des pays étudiés dans la Revue européenne de sociologie
Les Finlandais, eux, consacrent à leurs enfants près d’une heure chaque jour. De là à voir leur pays comme la tête de prou du féminisme, il n’y a qu’un pas que l’on franchit aisément.
Première nation européenne à octroyer aux femmes le droit de vote et celui de se présenter aux élections générales en 1906 (les Françaises devront attendre 1944, en même temps que la Jamaïque), la Finlande affiche aujourd’hui avec aisance sa sixième place mondiale pour la proportion de femmes parlementaires – avec 85 femmes sur 200 députés, soit 42,5% d’élues.
Le secret des Finlandaises ? Le réseau
Les Finlandais seraient-ils des surhommes ? Comment expliquer, sinon, ce progressisme éhonté ? A vrai dire, la question est relativement taboue en Finlande. « On refuse de parler de guerres des sexes ou de patriarcat », note Anna Rotkirch, directrice du Väestöliitto, l’Institut finlandais de recherche sur la population :
« On emploie plutôt le terme de “compagnonnage” entre hommes et femmes. Le féminisme ne s’est donc jamais radicalisé en Finlande. C’était plutôt un mouvement officiel, qui attirait même les hommes et a permis d’obtenir bien des avancées. Les femmes se sont toujours organisées en réseaux, ce qui leur a permis d’obtenir ce à quoi elles tenaient. »
Notamment une loi sur le congé parental de trois ans, le droit à obtenir une place pour faire garder ses enfants, ainsi que l’abandon, au moins partiel, de l’habitude très masculine de prolonger certaines sessions jusqu’au milieu de la nuit :
« Bien sûr, il n’y a pas de consensus général, poursuit la chercheuse, mais les femmes ont conscience de l’importance de ces réseaux, si bien qu’il en existe dans tous les secteurs professionnels : recherche, finance, etc. Et l’on ne peut plus dire, aujourd’hui, que le pouvoir reste entre les mains des hommes. »
Dès le XIXe siècle, le pays se distingue par des mesures très progressistes : la majorité légale est avancée à 25 ans pour les célibataires, une femme est reçue pour la première fois au baccalauréat en 1870 et l’année suivante, l’étude de la médecine est ouverte à la gente féminine avec une dispense spéciale.
Pendant ce temps-là, en France, la femme est renvoyée derrière ses fourneaux par le code Napoléon, qui en fait « un être de second rang si elle n’est pas mariée, un être mineur et incapable si elle est mariée. Nuls droits politiques ou civils ne lui sont accordés », rappelle l’association Thucydide.
Des chiffres à faire pâlir la France
A l’actif de ce pays longiligne du nord de la Baltique, dont, c’est un exemple, la Cour suprême est présidée par une femme :
une femme présidente de la République (Tarja Halonen, qui a effectué deux mandats successifs en 2000 et 2006) ;
trois autres, députées, qui présidèrent le Parlement en 1996 ;
et une ministre, Miina Sillanpää, au gouvernement dès 1926 (en France, il a fallu attendre que Germaine Poinso-Chapuis inaugure la fonction vingt ans plus tard, en 1947) ;
citons aussi Elizabeth Rehn puis Anneli Taina, placées par la Finlande aux commandes de la Défense dès 1990. Un poste ultramasculin par tradition, auquel seule Michèle Alliot-Marie accèdera dans l’Hexagone, et avec douze ans de retard sur la Finlande ;
à deux reprises, le gouvernement finlandais est dirigé par une femme en 2003 et 2010 (en France, une seule, Edith Cresson sera chef du gouvernement français en 1991 – une expérience désastreuse) ;
la Finlande s’illustre aussi en nommant en mai 2007 le premier gouvernement au monde à majorité féminine avec douze femmes pour huit hommes – dirigé par Matti Vanhanen, un homme, donc, parce qu’il ne faut pas pousser non plus ;
une dernière pour la route : le corps diplomatique compte 22 femmes pour 57 hommes ambassadeurs. En France, elles sont 17 femmes sur près de 200 ambassadeurs !
Mais de paradis finlandais, point...
La Finlande n’échappe pas en tout point au « plafond de verre » : les femmes ne représentent qu’un cinquième du corps enseignant dans le supérieur et à l’université. Seule une société sur cinq cotée à la Bourse est dirigée par une femme (alors qu’il est prouvé [PDF] qu’aux commandes d’une entreprise, elles la rendent plus rentables).
Et la Finlande frôle elle aussi le plancher des vaches pour l’inégalité salariale : quand un salarié du privé touche en moyenne 3 600 euros, une femme employée du même secteur touchera 600 euros de moins. Un employé municipal reçoit 3 300 euros en moyenne quand le salaire de sa collègue plafonne à 2 800 euros – disparité épinglée par le Comité des droits de l’homme de l’ONU en 2004.
La chercheuse Anna Rotkirch du Väestöliitto ajoute :
« On assiste à un envol du travail précaire, qui concerne surtout les femmes, et entraîne une polarisation croissante entre celles qui poursuivent leur carrière et les autres, qui ont des enfants. Comme s’il fallait choisir entre les deux parce que la réinsertion professionnelle devient problématique à l’issue d’un congé maternité. »
Nous voilà quelque peu décomplexés : si la Finlande se caractérise par « une indépendance et une intégration des femmes à tous les échelons de la société », selon Anu Pylkkänen, les pays nordiques ne sont pas le paradis des femmes qu’on nous présente souvent :
« Il ne suffit pas d’obtenir la parité formelle, mais il faut aussi opérer une révision des valeurs et des mentalités. »
En France l’IVG, en Finlande la parité
La tâche est toutefois de bien moindre ampleur qu’en France, où « les stéréotypes sexistes sont encore fortement ancrés dans la société, comme l’ont illustré les propos machistes accompagnant la candidature d’une femme à la présidence de la République », rappelle la CEDAW dans son rapport 2007 [PDF] :
« Les commentaires péjoratifs sur sa personne, son apparence, son incompétence présumée ont souligné le non-dit encore répandu qu’une femme n’a pas sa place à la tête de l’Etat. »
On pourrait être tenté de transposer chez nous l’exemple finnois, et, plus généralement, celui des pays nordiques. Mais « nous n’avons pas la même histoire », répond Olga Trostiansky, présidente de la branche française du Lobby européen des femmes :
« A l’heure où nos mouvements féministes se focalisaient sur les droits reproductifs – IVG, contraception –, la Finlande votait les premières lois sur la parité. »
Il faut dire qu’en Finlande, l’avortement ne concernait guère que « la femme et son médecin, sans l’intervention des autorités ou des autres membres de la famille », selon Anu Pylkkänen. Ce qui a donné toute latitude aux mouvements féministes pour concentrer leurs luttes sur la politique. Et faire voter en Finlande dès 1998 une loi imposant 40% de femmes dans les structures publiques.
Un « compagnonnage » à la finlandaise ?
On peut penser, comme la juriste et essayiste Marcela Iacub, que les femmes françaises portent une part de responsabilité dans la perpétuation de cette domination masculine. En intégrant cette inhibition, en se présentant comme des victimes du machisme ambiant, en réclamant des mesures d’assistanat, elles courbent l’échine.
Olga Trostiansky tonne :
« Moi, je ne suis pas de cet avis. Il faut imposer la parité, sanctionner les partis qui ne présentent pas 50% de candidates, comme l’UMP qui, pour les législatives, n’a présenté aucune femme dans les circonscriptions parisiennes acquises à la droite.
La clef du succès, c’est de sortir de cette logique de combat des femmes contre les hommes. Il faut profiter de ce moment historique, où, en France, l’égalité homme-femme est souhaitée par tous. »
En somme, adopter le « compagnonnage » entre hommes et femmes des Finlandais.
lundi 11 juin 2012
2012/06/11
00h01. lundi.
Temps très gris en matinée. Le soleil est revenu après midi.
Le premier tour des législatives est apssé.
La gauche est en tête, de peu.
La logique est respectée après la présidentielle. Le premier ministre sera de gauche et sans doute le même qu'aujourd'hui: JM Ayrault.
En Corse , deux nationalistes sont qualifiés pour le 17 juin.
Renucci n'a pas pris la pâtée comme annoncée par la rumeur ajaccienne.
Giaccobbi est très à l'aise pour le second tour.
A Bastia , Gandolfi-scheit contre Simeoni et Zucarelli.
Duel Rocca-Serra/ Angelini sur Porto-Vecchio.
Dans la 2ème circonscription de Haute Corse, pas de surprise. Comme attendu, le tandem Paul Giacobbi - Joseph Castelli domine largement le scrutin en totalisant 43,60% des suffrages. Même si le président de l'exécutif de Corse devrait être réélu facilement, dimanche prochain, il y a néanmoins ballotage là où il annonçait sa victoire au 1er tour.
En revanche, la droite, malgré un front uni, s'effondre. Stéphanie Grimaldi perd 18 % par rapport au scrutin de 2007 où elle était arrivée en tête au 1er tour, et ne parvient à rassembler que 24,78% des votants.
La surprise FN
La surprise, dans cette circonscription, vient de la poussée du Front national que l'on n'attendait pas, malgré la vague Bleu Marine des présidentielles. Estelle Massoni réalise 8,35%, confirmant la montée en force du FN dans les deux départements.
A l'inverse, les nationalistes, les deux courants confondus, sont en deçà des résultats escomptés. Saveriu Luciani, de Femu a Corsica, avec 10,79 % réussit néanmoins à tirer son épingle du jeu dans un scrutin très personnalisé où les deux leaders du mouvement sont qualifiés pour le second tour. Petr'Anto Tomasi, avec 6,9%, est loin du score que lui prêtait le sondage IFOP. Le report de ces voix nationalistes est l'inconnue du second tour. Même si cela ne devrait pas inquiéter le député sortant, ce report sera lourd de significations pour les positionnements et les stratégies des uns et des autres, au-delà même du seul cadre de la circonscription.
N.M.
Laurent Marcangeli devance Renucci
Dans la 1ère circonscription de Corse-du-Sud, le challenge est réussi pour Laurent Marcangeli, le jeune candidat UMP, qui arrive en tête avec 30,75% des votants devançant le député sortant, Simon Renucci, qui le talonne néanmoins à 29,39 %. La droite, qui présentait un front quasi-uni, perd, cependant, 10 points par rapport au 1er tour de 2007 où elle se présentait en ordre dispersé.
Simon Renucci résiste bien et devrait profiter, dimanche prochain, du report des voix de Paul-Antoine Luciani qui réalise 7,57%. Le Front de gauche recule, comme partout en Corse, par rapport aux scores réalisés lors des présidentielles, mais gagne 2% par rapport à 2007.
Le FN, 3ème force politique
Là encore, la surprise est venue de la forte poussée du vote FN. José Risticoni engrange 10,27% des suffrages, devenant la 3ème force politique de la circonscription.
Les deux candidats nationalistes dépassent, ensemble, la barre des 15 %, ne reproduisant pas le score obtenu lors des territoriales, mais risquent de jouer les arbitres. Romain Colonna recueille 9 % des suffrages, confirmant que, hors de ces deux têtes d'affiche, le mouvement autonomiste a du mal à rassembler. Paul Léonetti, avec seulement 6,63% des suffrages, confirme la chute de Corsica Libera sur les deux départements par rapport au score des territoriales.
Un duel Angelini-Rocca Serra
On attendait une possible triangulaire, mais c'est un duel qui va opposer le député sortant, Camille de Rocca Serra à son challenger Jean Christophe Angelini dans la 2ème circonscription de Corse du Sud.
L'UMP Camille de Rocca Serra, que l'on a enterré un peu rapidement, réalise une belle remontée depuis sa défaite aux cantonales en totalisant 33% des suffrages. S'il devance nettement ses deux principaux adversaires, il perd 18 % par rapport à 2007 où il l'avait emporté, dès le 1er tour. A Porto-Vecchio où il avait été mis en minorité aux cantonales, il affiche près de 300 voix d'avance.
Pas de triangulaire
Avec 21,23%, Jean Christophe Angelini gagne 7 % et, surtout, élimine le mauvais scénario de la triangulaire, gardant ainsi une marge de manoeuvre pour le 2nd tour. Paul-Marie Bartoli, malgré l'appui de l'exécutif de la CTC, ne réussit pas à franchir la barre des 20% et ne récolte que 16,21% des suffrages.
Dominique Bucchini, quand à lui, ne parvient pas à augmenter son score des territoriales. Si, avec 10,86%, il s'en sort mieux que les trois candidats communistes des autres circonscriptions, l'effet Mélenchon, comme le Front de Gauche, semble montrer ses limites dans l'île.
Poussée nationaliste
En revanche, deux surprises : le Front National réalise une belle poussée avec 9,82% des suffrages pour Bernard Angelini. Et le nationaliste, Paul Quastana, réussit un beau score de 9,82%, comparable à celui obtenu par son mouvement Corsica Libera aux territoriales. Il a, d'ores et déjà, annoncé qu'il ne donnerait pas de consignes de vote en faveur de Jean Christophe Angelini. Après la réserve de son homologue bastiais vis-à-vis de Gilles Simeoni, il y a tout lieu de penser que l'exécutif de Corsica Libera pourrait bien utiliser l'enjeu législatif pour régler ses comptes avec les modérés. Quoiqu'il en soit, à Porto-Vecchio, comme à Ajaccio ou à Bastia, rien n'est encore joué.
N.M.
2012/06/10
17h14. Dimanche au bistrot. Ajaccio
Le temps est nuageux, mais il fait chaud. La pluie est annoncée pour demain.
Aujourd'hui,nous sommes allés voter en famille. Angie a glissé le bulletin dans l'urne avec fierté.
mercredi 6 juin 2012
2012/06/06
22h32. mercredi.
Un peu de vent a rafraichi l'atmosphère. Les températures sont douces sur Ajaccio.
Simon Renucci a fait sa tournée, sur le cours, dans l'après midi. Il était accompagné de ses partisans pour aller à la rencontre des ajacciens.
Demain le meeting à l'espace Diamant mettra fin à la campagne . Il y aura du monde pour soutenir le candidat.
j'ai découvert un écrivain sur internet: Jonathan Franzen.
Le Point : Freedom a été salué comme un livre majeur de notre époque, mais a aussi été comparé à l'oeuvre de Tolstoï et aux grands romans réalistes du XIXe siècle. Est-ce que cette définition - une fiction classique dans sa forme, mais qui "capture" l'Amérique du début du XXIe siècle dans le fond - vous convient-elle ?
Jonathan Franzen : Absolument pas. Je suis certes de plus en plus intéressé par le réalisme. Et comme j'aime aussi placer mes histoires dans un monde contemporain, un certain nombre des réalités de l'Amérique d'aujourd'hui se reflètent ainsi dans mon livre, mais de façon presque accidentelle. Car mon objectif primordial en tant que romancier est de donner vie à des personnages complexes et finalement attachants, et d'aller en eux aussi profondément que possible. Beaucoup d'outils formels et psychologiques que j'utilise pour cela ont été développés au cours du XXe siècle. Nos discussions actuelles sur la vie de famille par exemple - la façon par laquelle nous essayons de ne pas être comme nos parents ou d'éviter d'élever nos enfants comme nous avons nous-mêmes été élevés - ne se retrouvent nullement dans la fiction du XIXe siècle.
Vous aviez dans les années 1990 vivement critiqué le magazine Time, l'accusant de favoriser des auteurs plus réputés pour leur compte en banque que leur talent littéraire. Or vous êtes devenu l'année dernière le premier écrivain depuis une décennie à vous retrouver en couverture de cet hebdomadaire...
L'ironie ne m'a évidemment pas échappé. Mais je me suis senti avant tout très reconnaissant envers le magazine Time pour avoir pris le risque de placer un romancier sur sa couverture, alors qu'il savait qu'une édition comme celle-ci ne se vendrait pas bien. J'aurais aussi aimé que mon père soit vivant pour la voir, car il était un fidèle lecteur du magazine.
Vous exprimez depuis longtemps vos préoccupations pour l'avenir de la littérature au sein d'une culture de consommation digitalisée. Quelle est l'utilité d'un roman dans un monde qui a maintenant YouTube, Twitter et les films en 3D ?
Est-ce utile de ne pas être stupide, comme presque tout ce que l'on retrouve sur YouTube ou Twitter ? J'écris pour une petite - mais pas insignifiante - partie de l'humanité qui ne se satisfait pas des distractions et des simplifications. Le roman a la capacité d'aider ces personnes dont je me soucie à se sentir moins seules. Et plus nous vivrons dans un monde dominé par Twitter, plus les gens qui pensent que tout cela est idiot auront besoin de romans.
Craigniez-vous les attentes après le colossal succès en 2001 de votre précédent roman, Les corrections, vendu à près de trois millions d'exemplaires à travers le monde ?
Après Les corrections, j'avais publié trois livres - un essai, des mémoires et une traduction - qui m'ont aidé à soulager la pression. Et puis, si j'apprécie le succès, ce n'est pas la raison pour laquelle je suis devenu écrivain. J'étais bien plus effrayé par le fait de ne plus connaître l'expérience si satisfaisante d'être plongé dans l'écriture d'un roman auquel je crois vraiment. J'ai dû attendre une longue période avant que cela n'arrive, et au moment où ça s'est passé, je n'ai écrit que pour moi-même.
Freedom apparaît moins satirique, plus méditatif que Les corrections...
Effectivement. Les corrections ont été conçues par un écrivain relativement jeune qui était encore très en colère, ce que les passages satiriques du livre traduisaient bien. Après son succès, j'ai eu l'impression que ça aurait été ingrat de ma part, voire indécent, de persévérer dans cette colère. D'autre part, Freedom est plus proche de ma vie que tous mes autres romans. Et quand j'examine mon histoire personnelle, je n'ai aucune certitude, alors que la confiance en son jugement moral est un ingrédient-clé pour réaliser une satire.
Parmi d'innombrables thèmes, votre roman évoque la difficulté de devenir un adulte dans notre société actuelle...
Tout dans la culture de consommation s'oppose à l'âge adulte. Et c'est particulièrement le cas aux États-Unis. Être un adulte, c'est accepter d'avoir des limites et d'endosser des responsabilités. Or ces deux choses apparaissent comme une hérésie dans une société consumérisme qui aimerait bien qu'un homme de 48 ans se sente à l'aise avec le fait d'acheter des jeux vidéo et des voitures de sport, comme tous les adolescents. Le mot d'ordre des années 1960 était : "Ne faites pas confiance à quelqu'un de plus de trente ans." Depuis, beaucoup de baby-boomers confrontés au problème d'avoir dépassé la trentaine ont trouvé une solution simple : agir comme s'ils étaient toujours jeunes. C'est ainsi que vous voyez des parents tenter de devenir les meilleurs amis de leurs propres enfants et s'intéresser comme eux à ces machins nommés Facebook ou iTunes.
Comme son titre l'indique, Freedom s'intéresse aussi à la notion de liberté. Pourquoi questionner ce qui représente la valeur suprême des États-Unis ?
Ce roman est une tentative de rétablir la vraie complexité du concept de liberté. Je suis ainsi toujours frappé par le fait que les États-Unis, où l'on célèbre et valorise la liberté de façon très simpliste, sont aussi une des nations les plus en colère et les moins satisfaites du monde occidental.
Vous êtes particulièrement virulent avec l'administration Bush. Pourquoi ?
Parce qu'ils ont violé le pays et l'ont laissé pour mort. J'espère cependant que les lecteurs percevront mon roman comme équilibré politiquement. Mon personnage préféré de Freedom est ainsi un républicain ardent partisan du libre marché. Je pense d'ailleurs que cette histoire traite plus durement l'establishment libéral-démocrate que les conservateurs.
Sur un plan plus intime, vous montrez que la liberté seule n'apporte pas le bonheur. Les chaînes du mariage, de la famille, des amis nous font souffrir, mais nous en avons besoin...
J'aime laisser l'interprétation de mes histoires aux lecteurs, car ça ne devrait pas être le travail de l'écrivain. Mais, effectivement, beaucoup de personnes sont impatientes de limiter leur propre liberté en se mariant et en ayant des enfants. Et j'espère bien que les lecteurs de mon roman seront poussés à se demander en quoi consiste la vraie liberté.
Dans le roman, votre personnage Walter Berglund s'engage pour la protection des oiseaux, tout comme vous dans la vraie vie. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous avez qualifié dans vos mémoires de "problème oiseau" ? Vous considérez-vous comme un militant pour l'environnement ?
Mon "problème" avec les oiseaux est simple : je les aime. Je pense d'ailleurs que je les aime bien plus encore que Walter Berglund. Dans le livre, Walter est poussé à la défense de l'environnement par une colère plus générale contre le monde. Pour lui, les oiseaux sont simplement un prétexte dans cette lutte. Alors que, pour moi, les oiseaux sont la seule chose dans la nature qui me fascine constamment. Mon militantisme écologiste se limite ainsi en grande partie à la conservation et à la défense des volatiles. En revanche, je ne veux pas utiliser la fiction au service de cette cause. En tant que lecteur, je perds l'intérêt dans un roman si je sens qu'il est politiquement tendancieux. La politique requiert de la simplicité pour être efficace, alors que la littérature exige la complexité.
Walter Berglund est aussi obsédé par le problème de la surpopulation. Est-ce une question qui vous préoccupe personnellement ?
Comme beaucoup de personnes avec une conscience environnementale, je ne peux pas m'empêcher de penser que nombre de malheurs dans le monde pourraient être atténués s'il y avait moins d'humains sur cette planète. La surpopulation est un énorme problème dont personne ne veut pourtant parler. Il y a d'ailleurs de bonnes raisons à cela, car les citoyens blancs du monde développé paraîtraient inévitablement racistes en l'évoquant. Ce n'est ainsi pas un combat dans lequel je m'engagerais personnellement. Mais c'est le genre de problème insoluble qui intéresse le romancier.
Vos personnages sont souvent déprimés ou en colère. Seraient-ce là les maux de notre nouveau siècle ?
Je pense que toute personne sensée qui est un tant soit peu familiarisée avec le changement climatique et la dégradation globale de l'environnement a des raisons de se sentir dépressive. Et le sentiment d'impuissance que nous avons tous en face d'une économie mondiale et de systèmes technologiques hors de notre contrôle accentue sans aucun doute notre niveau de colère et de frustration partout dans le monde. Mais c'est une erreur de considérer ça comme une maladie. C'est ce qu'une société consumériste attend de vous, car les maladies sont potentiellement guérissables, mais avec un coût.
Votre grand ami, l'écrivain David Foster Wallace, s'est suicidé en 2008. Cette disparition brutale a-t-elle eu des répercussions sur l'écriture de votre livre ?
La mort de David a été une grande perte d'un point de vue personnel - j'étais plus proche de lui, d'une certaine façon, que je ne le serai jamais de quelqu'un d'autre -, mais aussi littéraire. Nous avons grandi ensemble en tant qu'écrivains, et quand il était là, j'avais le sentiment d'avoir quelqu'un contre qui me mesurer. C'était peut-être irrationnel de ma part, mais j'ai pris son suicide comme une trahison personnelle - l'abandon d'un jeu auquel nous jouions depuis si longtemps. Et cette amitié/compétition avec David a été l'une des inspirations pour Freedom.
mardi 5 juin 2012
2012/06/03
15h16, dimanche.
La journée s'annonce très chaude contrairement aux prévisions météo de la veille.
le Bistrot est ouvert pour cause de demi finale de rugby: Toulon/ Clermont Ferrand.
Le centre ville s'est vidé à la mi-journée, les gens sont sur les plages.
Hier soir, Angie et ses ca&marades de classe, une douzaine, se sont produit sur scène pour la fête des pêcheurs. Ils ont interprété "seranada aiaccina" devant une place remplie de badauds festifs.
Chiara a dormi à la maison.
2012/06/05
19h44, mardi.
Beau temps mais un peu frais. Le ciel est resté dégagé toute la journée.
Coup de théâtre chez le coiffeur. Andrée a demandé un carré plongeant et s'est retrouvé avec une coupe toboggan . Elle est dépité et même en colère après les coiffeuses qui ne comprennent pas ses consignes.
Alexandre est allé , ce matin , à un rendez vous de Pôle emploi. Il a fait le point avec une conseillère.
Il a parlé du projet d'intégrer l'entreprise familiale à la rentrée.
En fin d'après-midi, j'ai revu M Plazensotti et son fils Lisandru que je ne conaissais pas.
vendredi 1 juin 2012
2012/05/30
22h14, mercredi.
je viens de regarder le débat télévisé sur les législatives dans la 1ère circonscription.......
2012/06/01
ça ressemblerait au premier chapitre d’un manuel de philo accessible, … mi-sérieux mi-sermon :
“ Philosopher, ça sert d’abord à … faire une bonne dissertation pour réussir son bac ! Mais attention, ça sert aussi et surtout plus largement à réfléchir sa vie. Pour y parvenir, ça peut prendre un peu la tête : douter de ce à quoi on croit dur comme fer, et trouver que ça a du sens de questionner ce qui paraît évident. Mot d’ordre : transformer ses affirmations en questions, et examiner ses opinions pour voir si ça tient. Se faire donc à soi-même des objections. Ce qui aide, c’est de se confronter aux autres. Leur dire ce qu’on pense, et trouver constructif de se faire rationnellement critiquer. Lire exprès ceux qui ne pensent pas comme nous. Et prendre ces critiques non comme une agression contre sa personne, mais comme une opportunité pour mieux fonder sa pensée. Du coup, se creuser la cervelle pour trouver des arguments. Et donc penser ce qu’on dit, sans se contenter de dire ce qu’on pense, qui n’est finalement peut être pas si vrai. Mais aussi contredire les idées des autres de manière raisonnée. Non pour faire l’intéressant, ou essayer de les vaincre, mais parce que nul ne peut dire du point de vue rationnel n’importe quoi.Devenir exigeant pour autrui, et d’abord pour soi, dans le rapport de ce qu’on dit à la vérité. Au fond chercher, au lieu de croire avoir trouvé, et rechercher ceux qui m’apportent : ceux qui sont le moins d’accord avec moi, pour me déstabiliser et m’obliger à fonder, résister, céder ; les plus coriaces à « contrer » pour m’entraîner à penser ; et ceux qui dialoguent magnifiquement entre eux pour que je prenne partie en connaissance de cause.
Quand je réfléchis ou discute, clarifier les mots et définir les notions (conceptualiser), les distinguer, pour savoir ce dont on parle, et argumenter, pour savoir si ce qu’on dit est vrai. Questionner la question elle-même, pour voir en quoi elle pose problème, difficulté à résoudre ; expliciter ses enjeux qui montrent l’urgence de l’examiner ; dégager ses présupposés qui la font tenir comme question (problématiser). Car philosopher c’est “ articuler, dans le mouvement et l’unité d’une pensée habitée, sur des notions et des questions essentielles pour la condition humaine, des processus de conceptualisation de notions, de problématisation d’affirmations et d’interrogations,d’argumentation rationnelle de thèses et d’objections ” (ouf ! je peux même dire où c’est ! Note1 ).
ENTENDRE LA QUESTION
Philosopher certes. mais pourquoi tout ce branlebas de pensée ? (Ici commence la 2ème partie. Admirez la transition).
Entendre la question du pourquoi(philosopher), ce peut être psychologiquement poser la question des mobiles et des causes.
On pourrait alors par exemple dire qu’on philosophe par utilité vitale (donner de l’oxygène au cerveau et “ muscler les neurones ”, réfléchir pour mieux agir), par besoin psychique, par intérêt individuel ou social de savoir qui nous sommes, d’où nous venons, où nous allons. Il y aurait dans l’acte de philosopher deux motivations sous-jacentes : le désir de connaître (“ que puis-je savoir ? ” Kant), la passion de comprendre, et de comprendre pourquoi l’homme a besoin de comprendre (“ Je suis une substance qui pense ” Descartes), de jouissance intellectuelle (pourquoi cet amour de la vérité, cette “ libido sciendi ” ? Spinoza).
Philosopher serait le moyen de combler le manque, le désir du manque constitutif de la condition humaine. Un des moyens en tout cas, comme le savoir scientifique, l’efficacité technique, la jouissance esthétique, la mystique ou l’espérance religieuse, l’avoir de la consommation, ou l’amour de toute personne ou objet…
Une façon spécifique de faire face à l’insupportable de la finitude biologique (“ Tout homme dès qu’il est né est assez vieux pour mourir ” Heidegger) ; psychique (“ Tout sujet émerge dans l’aliénation imaginaire et la castration symbolique ” Lacan) ; relationnelle (“ L’enfer c’est les autres ” Sartre).
Tentative de poser :
– du savoir face à l’ignorance (quitte à avouer avec sérénité : “ je ne sais qu’une chose,c’est que je ne sais rien ” Socrate) ;
– du sens face à l’absurde (“ La dignité de l’homme est de donner du sens à un monde qui n’en a pas ” Camus).
– de la valeur (car la valeur donne sens comme signification et direction), face à l’abjection et à l’aboulie.
– de la sagesse face au malheur (“ La liberté est au fond du désespoir ” Kierkegaard ;“ Que philosopher, c’est apprendre à mourir ” Socrate, Montaigne …)
Où l’on voit bien ci-dessus que toute approche de la causalité psychique du philosopher résonne (raisonne ?) de la consonnance métaphysique de la condition humaine. La psychanalyse, à explorer “ l’être-de-l’homme ”, y devient ontologique (l’ontologie est le discours sur l’Etre), carl’homme comme “ parlêtre ” (être qui parle, Lacan), s’y révèle, malgré ou à cause de son inconscient, un “ pensêtre ” (être qui pense, ”Tozzi ”)Note2.
L’ENTENDRE ETHIQUEMENT
On peut aussi entendre éthiquement(moralement), et pas seulement psychologiquement, la question du pourquoi (philosopher). Non plus le pourquoi des mobiles qui poussent et des causes qui expliquent des faits ; mais celui des finalités qui fondent en droit au nom de principes. (Saisissez bien dans la troisième partie qui commence le changement de registre !).
Philosopher serait moins (ou aussi ?) un besoin psychique qu’une obligation éthique, une motivationqu’un devoir (“ C’est proprement vivre les yeux fermés que de vivre sans philosopher ” Descartes). C’est la démarche qui élèverait, par la réflexivité, l’homme comme espèce animale à la dignité de personne. Ce qui garantirait, parce que l’homme ne peut pas ne pas être éduqué faute d’être moins qu’une bête, un processusd’humanisation, d’hominisation, d’humanitude (Jaccard), d’entrée dans la culture (“ acculturation ”) et la civilisation.
Ce serait développer l’intelligence potentielle d’un sujet réflexif, philosophiquement éducable (cf. le “ postulat d’éducabilité philosophique ”), apprenant à exercer l’autonomie d’une pensée, l’exercice de sa raison, sa faculté de juger, son esprit critique. Au fond, pour devenir pleinement homme, nous aurions le devoir, parce que nous en avons le pouvoir, de philosopher (“ Tu peux, donc tu dois ” Kant).
Mais encore faut-il que nous soit donnée cette opportunité d’être philosophiquement éduqué, de faire cet apprentissage du philosopher qui nous conduira à “ penser par nous-même”. (Remarquez ici le glissement de l’éthique à la politique). D’où l’exigence d’un “ droit de philosopher ” (philosopher parce que c’est un droit) à revendiquer auprès des institutions, l’école en premier lieu, et au plus tôt Note3, dès l’école primaire, comme lieu de cet apprentissage.
Moyennant quoi cet apprentissage du philosopher, surtout par la discussion, pourra en retour garantir la qualité du débat démocratique, comme garde-fou de ses deux dérives : sophistique (chercher à (con-)vaincre l’autre au lieu de chercher avec lui) ; et doxologique (s’en tenir à l’opinion du plus grand nombre au lieu d’être exigeant sur la rationalité de l’argumentation).
En conclusion (car il y en aura une), pourquoi philosopher ? Pour faire pièce au désir du manque, à la finitude de l’ignorance, de l’impuissance et de la mort. Pour affirmer la puissance et la modestie de la pensée (comme forme supérieure de la vie ? Nietschze. Comme libre activité de l’esprit ? Platon – Hegel). Pour répondre àl’expérience éthique de devenir pleinement homme. Pour revendiquer politiquement et exercer un droit d’éducabilité et d’expression philosophiques. Pour garantir la qualité du débat démocratique et l’intelligence citoyenne.
Ces mobiles et motifs orienteraient-ils -explicitement ou implicitement- le fonctionnement de nos cafés-philo, dans la mutualisation de nos questions vives et laconstruction collective d’une communauté de recherche ? Dans une telle perspective, le café-philo aurait l’histoire d’un aveni
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